L’Histoire (1269)
1/ Un mariage.
Une belle matinée de mai 1269. Les cloches de Ste Foy à Sélestat carillonnaient encore, car le père prieur en personne, un bénédictin de l’Abbaye de Conques en Rouergue, venait de bénir le mariage de Hans Obrist, fils d’un bourgeois cossu, échevin de Colmar, avec la jolie Clara Muller fille d’une bonne famille de commerçants de Sélestat.
Le cortège quittait l’imposant édifice roman, sur la place on se congratulait, on s’embrassait, on pleurait de joie. Les chars étaient prêts, rangés sur le bord du parvis. L’un d’eux, chargé de mobilier, bahuts, sièges, tables, literie, tapis et coffres pleins de linge et de vêtements, transportait apparemment une partie de la dot de la mariée. Les autres voitures comportaient deux rangées de bancs pour les invités, qui s’y installèrent par couples et par familles.
Sous les regards admirateurs des nombreux badauds, le convoi s’ébranla en direction de Colmar. Hans emmenait sa jeune femme vers leur nouveau logis. La journée ensoleillée conviait à l'insouciance et à la joie. On chantait des airs populaires et des chansons parfois gauloises. Près d’Ostheim on fit une halte, les hommes se versèrent quelques timbales de riesling. L’atmosphère devint de plus en plus gaie, lorsqu’on reprit la route, si bien qu’on ne prit même pas garde à la petite troupe de cavaliers qui débouchaient d’un bois près du village de Schoppenwihr, derrière la chapelle St Michel.
2/ L’attaque.
Ces hommes armés, une demi-douzaine de reîtres conduits par Claus Ghiselin de Reichenstein, ordonnèrent au convoi de s’arrêter. Les premières voitures se mirent au galop et échappèrent au guet-apens. Ghiselin n’en voulait qu’à la mariée et à sa dot et laissa fuir les autres convives de même que les cochers.
Hans Obrist se montra vaillant et déterminé pour protéger son épouse. Quoiqu’il fût téméraire de s’opposer avec le seul fouet du cocher à ces brigands armés, il les tint un moment en respect. Mais un coup d’épée le coucha dans son sang.
Claus Ghiselin ligota alors la jeune femme éplorée et la prit sur son cheval, pendant que ses hommes emmenaient la voiture chargée de mobilier. Ainsi les brigands retournèrent vers leur repaire, le château de Reichenstein, au fond du vallon du Sembach, derrière le village de Richenwilre. (Riquewihr)
Claus avait un frère, Georg Ghiselin. A eux deux, avec leur demi-douzaine de soudards, ils répandaient l’insécurité sur toute la région, en véritables chevaliers-brigands. Ils attaquaient et dévalisaient les convois de marchands qui, sur la grande route pérégrinaient de foire en foire, de Strasbourg à Mulhouse et à Bâle. C’étaient souvent des négociants en drap et en fourrures, en grain et en bétail, en ustensiles et en outillage, voire en objets précieux d’orfèvrerie et de bijouterie.
Les deux frères respectaient tacitement le droit de chacun d’eux sur ses propres aubaines. Georg complimenta Claus pour son bon goût lorsqu’il le vit arriver avec la pauvre Clara. Cependant Gerda, la femme de Claus n’était pas du même avis, même si Clara lui fut présentée comme une domestique ou une dame de compagnie.
3/ Jalousie.
L’épouse put bientôt mûrir, avec raison, une profonde jalousie, en constatant avec quel zèle Claus faisait la cour à sa soi-disant bonne. Clara ne répondait en aucune manière aux assiduités du chevalier. Il alla jusqu’à lui offrir des bijoux qu’il soustrayait à Gerda. Mais toutes ses attentions, tout son empressement à conquérir la belle, tout était vain.
Il enferma donc Clara dans une tour du château, sous prétexte d’empêcher la domestique de s’enfuir. C’est là qu’il allait la voir, sans plus de succès d’ailleurs. Clara resta forte, fidèle à son malheureux époux qui l’avait si héroïquement protégée. Gerda se sentait de plus en plus délaissée et honteusement trompée. Elle mûrit le projet de mettre fin à cette situation insupportable.
Un jour de juillet, alors que les deux frères s’adonnaient à une de leurs criminelles expéditions et que Hanna, la femme de Georg, était en visite chez son cousin Anselme de Ribeaupierre, Gerda se dirigea vers la tour. La clef était sur la porte close. Munie d’une dague, elle pénétra dans la
chambre de sa rivale.
4/ Meurtre.
Lorsqu’elle en ressortit, elle avait les mains rougies de sang. Elle referma la porte et en retira la clef qu’elle garda sur elle pour la cacher dans son appartement. Elle remarqua le sang sur ses mains et sur la clef et en fut effrayée. Elle hésita puis descendit dans la cour pour sortir du château par la petite poterne. Elle dévala la pente jusqu’au ruisseau et là, à genou sur une pierre plate, elle se mit à laver, frotter, gratter énergiquement, interminablement, ce sang dont l’aspect commençait à l’obséder. La moindre trace de rouille sur la clef lui semblait être du sang. Le sang du crime ne s’efface pas aisément.
Elle entendit dans le lointain le trot des chevaux se rapprochant. Elle se releva, cacha la grosse clef dans son corsage et retourna vers le château. Elle arriva devant le pont-levis que l’homme de garde abaissait justement, ayant vu s’approcher ses maîtres. Essoufflés, en sueur et visiblement énervés, les cavaliers approchaient : les deux frères Ghiselin et trois hommes d’armes.
- Que fais-tu là ?
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- Moi ? … J’ai fait une petite promenade dans la forêt, pour me distraire.
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- Allons, rentrons. On va avoir des ennuis. Attends-nous en haut.
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Gerda monta dans la salle pompeusement appelée " salle des chevaliers " à cause des armures rangées le long d’un mur, des épées, des écus, des piques et des masses d’armes suspendus aux boiseries de part et d’autre d’une rustique cheminée de grès. Contre le mur opposé s’allongeait un grand coffre de chêne servant également de siège et qui recelait les trésors dérobés.
Les deux frères allégèrent leur accoutrement guerrier. Il semblait bien qu’ils revenaient sans butin, cette fois. Mais ils rapportaient des renseignements alarmants recueillis du côté de Colmar. Gerda s’était installée dans la niche d’une petite fenêtre, sur la large dalle prévue pour s’asseoir et rêver en contemplant le ciel et la montagne boisée.
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- Gerda, il va falloir libérer notre prisonnière. Mais la clef n’est plus sur la porte. C’est toi qui l’as enlevée ?
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- Elle sera peut-être tombée ; ou bien mon noble seigneur l’aura-t-il emmenée ?
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- Non, je ne l’ai pas. Mais tu caches quelque chose. Je vois à ton air que tu n’as pas bonne conscience.
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- Eh bien oui ! Je l’ai libérée, votre prisonnière. Mon maître et seigneur sait bien que je ne l’aimais pas, et pour cause !
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- Tu l’as libérée ! Sans ma permission ! Et où est-elle allée ?
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- Par-là…, dit alors Gerda avec un geste vague.
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- Alors, elle est partie ! Je voulais la faire conduire par mes hommes à Sélestat, chez ses parents. Enfin elle trouvera le chemin toute seule.
5/ Menaces de représailles.
Gerda promenait un regard absent sur la forêt, pour se donner une contenance. Mais Claus reprit :
- Voilà ! Nous avons appris qu’il se préparait une conjuration contre nous. Le jeune homme qui a trouvé la mort près de Houssen était, paraît-il, le fils d’un échevin de Colmar. Alors la ville de Colmar, avec l’aide des Strasbourgeois, met sur pieds une troupe qui va venir nous assiéger. Le plus inquiétant est que le Banneret de la ville de Strasbourg, Rodolphe de Habsbourg lui-même, commandera cette petite armée.
-
- Nous n’avons plus de temps à perdre pour organiser notre défense. J’ai envoyé deux hommes réunir quelques réserves de vivres à Riquewihr et à Bennwihr. Il faut sans tarder mettre des guetteurs sur nos tours ; toi Gerda, tu vas me donner immédiatement la clef de la tour ronde !
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- Mais je…
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- Tu l’as ! Donne-la vite !
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Le ton n’admettait point de refus. Tremblante, Gerda retira la clef de son corsage, y jeta un coup d’œil inquiet et la tendit mollement à son maître. Claus envoya deux hommes surveiller le pont-levis et se rendit avec son frère à la tour ronde, où il avait logé Clara. Une terrible appréhension le tourmentait à cause de l’hésitation angoissée de Gerda. La porte grinça sinistrement. Les deux frères furent sidérés devant le spectacle de la pauvre Clara gisant dans son sang. On appela deux hommes. La victime fut enveloppée dans un drap blanc et portée dans la cour ; on y souleva quelques dalles pour creuser une tombe. La sépulture resta secrète, les dalles étant remises en place. Claus dit à son frère :
-Dis à Gerda de ne plus paraître à mes yeux, sinon je ne pourrais pas maîtriser ma colère.
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- Ecoute Claus, ce n’est pas le moment d’ajouter un meurtre à celui-ci. Tache de comprendre ton épouse : tu as poussé sa jalousie à son comble. Elle n’était pas maîtresse de ses actes. Je crois que le moment est venu, pour nous, d’expier.
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- C’est possible, mais ils ne nous auront pas facilement. Gerda veillera avec nous. Tu lui ordonneras de se tenir armée au-dessus du pont-levis. Nous-mêmes, nous serons sur le donjon d’où l’on peut diriger la défense.
-
Le pont-levis était certainement le point le plus dangereux, le plus exposé. Hanna, l’épouse de Georg, était en sécurité à Ribeaupierre. Les évènements se précipitèrent. Dès le lendemain
on remarquait, sur le chemin du Seelbourg, qui par place domine le château, des hommes suspects par leur façon de tout observer. Ils étaient vêtus comme des paysans ou des bûcherons. Mais leur
attitude, leur insistance à tout examiner, ne laissait aucun doute : c’étaient des espions de Rodolphe de Habsbourg.
6/ L’attaque du château.
Deux jours plus tard, dès le matin des troupes à pied arrivaient, en même temps par le sentier du Sembach et par la laie forestière du Seelbourg. Les hommes d’armes se dispersaient tout autour du château, prenant abri derrière des rochers ou de gros arbres, pour éviter d’éventuelles flèches. Le matériel suivit : machines de siège, galeries de bois qu’on assemblait pour s’approcher de la porte et y installer un bélier. Le fossé du château ne pouvait pas être mis en eau, mais le sol rocheux rendait les sapes impossibles. Le matériau des murailles était d’assez mauvaise qualité.
Une première flèche vint des créneaux ; elle se planta dans un sapin et les assiégeants la saluèrent par des huées moqueuses. Gerda faisait ses premières armes. Les assiégeants dégagèrent une place pour y installer une catapulte capable de balancer de grosses pierres sur les tours. Ce premier jour donc n’avait été consacré qu’aux préparatifs et à l’installation des troupes que Habsbourg vint inspecter vers le soir. Le lendemain les choses allaient devenir sérieuses.
De grand matin un héraut, protégé par un large écu, somma les Ghiselin de se rendre. En réponse une flèche se planta dans l’écu du chevalier. C’était clair, l’attaque du château pouvait commencer. Sous la galerie, le bélier était prêt. C’est en vain que, du haut de la muraille on y balançait de grosses pierres. Les madriers résistaient. On catapulta quelques rochers puis des fagots secs, allumés et lestés de pierres. L’habitation prit feu, l’eau pour éteindre un incendie manquait sûrement.
Des archers étaient prêts à décocher une flèche à tout imprudent qui se découvrait, soit pour tirer, soit pour basculer des rochers depuis les créneaux. C’est le malheur qui arriva à Gerda, qu’une flèche atteignit en pleine poitrine. Les madriers du pont-levis se disloquaient sous les coups de bélier. Bientôt on put y introduire des dizaines de fagots qu’on enflamma et qui eurent raison de la herse en bois.
5/ La punition.
L’assaut final fut donné. Les hommes de Ghiselin se rendirent aussitôt, sachant toute résistance dérisoire. Les deux frères, sur leur donjon, furent maîtrisés et désarmés. On les présenta au Habsbourg ; il ordonna sur-le-champ qu’on les pendît à un chêne, juste devant leur repaire.
Par la suite le château fut démoli et on autorisa les vignerons de Riquewihr d’y chercher des moellons pour leurs constructions. Seule la ruine du donjon pentagonal rappelle encore le
souvenir de ces chevaliers-brigands que furent les frères Ghiselin.
La Légende. (1769)
Messire Treitlinger, Conseiller de la Régence de Montbéliard qui représentait son Altesse le Duc de Wurtemberg dans ses possessions en Alsace, lors d’une visite à Riquewihr, avait été invité par le Bailli à une partie de chasse dans les vastes forêts du domaine. A cette occasion le Sire Treitlinger fut scandalisé par le laisser-aller qu’il constatait dans l’administration des domaines de ses maîtres ; nos chasseurs trouvèrent un faon pris par la gorge dans un collet meurtrier.
Dès le lendemain furent convoqués le Directeur du domaine et les Officiers de la Forêterie. Le Conseiller le la Régence exigea plus de rigueur dans l’économie forestière et l’abattage des arbres. Il enjoignit au Maître des Eaux et Forêts de mettre fin au braconnage. L’Officier des Eaux et Forêts demanda donc à ses quatre forestiers de parcourir aux heures les plus inattendues, les belles futaies de sapins, de hêtres et de chênes, qui recelaient en abondance cerfs, chevreuils, sangliers, tous gibiers tellement convoités par les manants.
Les bûcherons et les charbonniers qui, depuis 1720 s’étaient établis à Ursprung avec autorisation spéciale, pratiquaient avec beaucoup d’habileté le braconnage au plus profond des bois, où personne ne les avait inquiétés jusqu’alors.
C’est ainsi donc que Jacob Gebhardt, le forestier et garde-chasse assermenté se trouvait un soir de juillet 1769, par un magnifique clair de lune, sur le sentier qui longe le Sembach tout au fond de l’étroit vallon. Il allait être minuit, la pleine lune était au zénith. Soudain il fut fort intrigué par un flocon de brume blanche qui se détachait du vieux donjon en ruine de Reichenstein. Il sentit un frisson parcourir tout son corps, lorsque ce singulier nuage prit peu à peu la forme d’une dame en longue robe blanche. Sidéré, appuyé à un chêne, il resta immobile, osant à peine respirer.
L’apparition descendit lentement vers la rivière. Jacob la vit se mettre à genoux sur une dalle plate. Elle tenait en main une grosse clef qu’elle trempa dans l’eau. Elle la lava, la frotta, la gratta énergiquement, interminablement, comme s’il fallait la purifier d’une tache rebelle, indélébile.
Jacob bougea-t-il à ce moment ? Toujours est-il que la dame se leva, mais loin de disparaître à la manière d’un spectre, voici qu’elle s’avança vers lui. Le garde-chasse était dans un état si singulier, si euphorique, qu’il n’eut même pas l’idée de fuir. La dame blanche lui prit la main et lui dit d’une voix douce :
" Ecoute-moi, je t’en prie. Viens demain soir, à la même heure, sur ce chemin, et allume deux torches. Voici exactement cinq cents ans que je souffre. C’est toi qui peux me délivrer. Je te conduirai dans une salle où tu verras sur un grand bahut de chêne un gros chien noir. Il me garde captive. Tu serreras très fort ma main droite, à tel point que le sang jaillira de mes doigts. Surtout ne te laisse pas effrayer par les hurlements du chien. Alors je serai délivrée et toi, tu seras riche. Ce coffre contient un trésor fabuleux dont tu donneras la moitié aux pauvres ; le reste t’appartiendra. "
La dame retourna au château où elle redevint blanc nuage et disparut. Jacob Gebhardt rentra chez lui mais ne dormit guère. Ce qu’il avait vécu dans le vallon du Sembach ressemblait à un rêve; pourtant il n’avait pas dormi pendant sa ronde de nuit. Il n’en parla à personne, craignant qu’on se moquât de lui. La nuit suivante, s’étant muni de deux torches et d’un briquet, Jacob mit son fusil à l’épaule comme pour une ronde normale. Il remonta d’un bon pas le Kleintal et le sentier du Seelbourg pour observer par le haut la ruine du Reichenstein. Il n’y remarqua rien de suspect. Peu à peu il fut obsédé par le doute et la honte de s’être fait prendre naïvement à une illusion ou un rêve. Arrivé en haut de sa course il prit pourtant le vallon du Sembach appelé Grosstal et dévala allègrement le sentier.
Il était environ minuit lorsqu’il arriva à la hauteur de la ruine. Il accrocha son arme au chêne auquel il s’était adossé la veille. Il entreprit d’allumer les deux torches. Sitôt que brillèrent les deux flammes, le sentier devint un chemin dallé et la ruine de Reichenstein fut métamorphosée en un édifice intact et illuminé.
Sortant du portail largement ouvert, la Dame Blanche vint à la rencontre de notre forestier qui aussitôt, se sentit rassuré, heureux, euphorique. Elle prit une des torches dans sa main gauche, et donna sa droite à son nouveau chevalier, lui recommandant de ne pas la lâcher. Par un bel escalier illuminé miraculeusement, la Dame conduisit le garde-chasse vers la salle des chevaliers, une pièce avec cheminée, table massive, et contre le mur, le coffre fatidique sur lequel s’allongeait un énorme chien noir. Jacob serra la main droite de toutes ses forces. Le furieux animal se mit à hurler si fort, si affreusement, ouvrant une gueule si menaçante, que le chasseur d’ordinaire courageux retira sa main et s’apprêtait à fuir.
Il entendit encore la pauvre Dame Blanche dire d’une voix brisée :
" Il me faudra donc attendre neuf fois quatre vingt dix neuf ans jusqu’à ce que je croise enfin le chêne dont les planches serviront à confectionner le berceau de l’homme qui pourra me délivrer. "
Marcel Pfister 1970