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La crise de l’énergie
J’ai rêvé que le monde allait connaître un drame,
Privé des énergies dont nous étions gavés :
De par le bon plaisir des princes polygames,
Le pétrole vital s’arrêtait d’arriver,
Et le gaz atteignait des prix astronomiques ;
Nos restes d’uranium s’en allaient à vue d’œil;
L’usine accaparait le courant électrique,
Et même le soleil semblait porter le deuil.
Alors j’ai démonté mes radiateurs frigides
Et j’ai fendu du bois pour l’hiver menaçant ;
J’ai rempli de charbon notre baignoire vide,
Puisque les robinets demeuraient impuissants.
J’ai fait un beau clapier avec mon frigidaire,
Un bac à fleurs avec ma machine à laver.
A mon épouse j’ai, pour son anniversaire,
Retrouvé au grenier le moulin à café.
J’ai stocké des quintaux de bougies et de cierges.
Ma télé, à présent est un bel aquarium ;
Ma chaîne hi-fi vous sert, aussi bien qu’une auberge,
Un porto, un pastis, un cognac ou un rhum.
Ma voiture qui ne fait plus sa promenade,
Car chevaux affamés ne peuvent travailler,
S’étonne quand le coq lui chante son aubade,
Car elle est devenue, hélas, un poulailler !
Nos routes sont peuplées de joyeuses façons,
L’hiver de patineurs, l’été de bicyclettes ;
Et je goûte la joie d’aller en trottinette
Dans le calme et l’air pur, le rire et les chansons !
Aussi me suis-je mis à aimer la nature
Et je me suis pâmé au cœur de la forêt.
Je n’ai pas regretté toute cette aventure,
Et toute la chimie qu’on appelle progrès ;
Et puis, dans mon jardin, terrassier bénévole,
J’ai creusé un grand puits pour y trouver de l’eau.
Malédiction ! Voici que jaillit du pétrole !
L’horreur m’a réveillé. Ah, c’eût été trop beau !
Il serait bon, pourtant, qu’en énergies nouvelles,
On daignât constater que pour notre bonheur,
La puissance physique n’est pas essentielle ;
Mais un peu plus d’esprit, et beaucoup plus de cœur !
Marcel Pfister nov. 1980