Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 10:57

 

Jouons à rien

 

Je parlerai de rien, pour ne blesser personne,

Et je ne dirai rien qui vous puisse froisser.

Je m’amuse à des riens, pour voir le temps passer ;

Un rien me fait plaisir, lorsque la rime est bonne.

 

Un petit rien, parfois, peut vous faire sourire,

S’il est offert avec un rien de fantaisie.

Par contre, si un jour un rien vous contrarie,

Dites-vous : ce n’est rien, ça pourrait être pire.

 

On trouve en ce pays gens de bien et vaurien,

Le Gitan, dont on sait qu’il est un bon aryen,

Et le pauvre immigré, qui ne compte pour rien,

Et le réfugié turc, et le noir Ivoirien.

 

Tout ce chambardement ne me dit rien qui vaille,

Ni ces peuples paumés, qui n’ont rien sous la dent,

Ni la bombe, blason du monde décadent,

Qui nous trucidera, le temps d’un feu de paille.

 

Mais ne jurons de rien, car de toutes façons

Ce sera tout ou rien ; cependant rien ne presse ;

Rien ne sert de courir, il faut jouer la pièce

Tant qu’il fait encor jour, comme dit la chanson.

 

Je m’escrime pour rien, ou pour le roi de Prusse ;

Je n’aurai rien de rien pour tout ce temps perdu.

Mais en un rien de temps, en m’étant détendu,

J’aurai, mine de rien, composé cette astuce.

Par Jean Marie PFISTER - Publié dans : POÊMES
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